La Seine-Saint-Denis, département communiste : sociologie politique et élus des premiers conseils généraux

La Seine-Saint-Denis, département communiste :

sociologie politique et élus des premiers conseils généraux

par Marc Giovaninetti,

pour la journée de l’association Histoire et Mémoire ouvrières de Seine-Saint-Denis (AHMO-93) aux Archives départementales à Bobigny, le 30 mars 2018

En 1964, à la fin de son premier mandat présidentiel, le général de Gaulle confiait au haut fonctionnaire Paul Delouvrier la mission de mettre en place les nouveaux départements de la région parisienne. En Île-de-France, seule la Seine-et-Marne resta inchangée. La Seine et la Seine-et-Oise ont en revanche été entièrement redécoupées, et disparaissent en tant que telles. Les 81 communes du premier département, enclavé dans le second depuis leur origine en 1790, et les 688 communes de ce dernier sont réparties entre sept nouveaux départements : Paris, la capitale constitue désormais un département à elle seule, trois départements en petite couronne, Val-de-Marne, Hauts-de-Seine et Seine-Saint-Denis réunissent chacun des communes issues des deux entités d’origine, et trois en grande couronne, Essonne, Yvelines et Val-d’Oise se partagent l’essentiel de la Seine-et-Oise.

La naissance officielle des nouvelles divisions avec leurs institutions propres est fixée au 1er janvier 1968, mais les conseillers généraux sont déjà tous élus en 1967. Pour la Seine-Saint-Denis, la première réunion des 34 membres de l’assemblée, pour les 23 cantons issus de la Seine et les 11 de Seine-et-Oise, se tient il y a 50 ans, le lundi 9 octobre 1967, à Bobigny, la commune choisie pour le siège de la préfecture, non pas dans l’imposant édifice actuel de l’Hôtel du département, qui n’est pas encore sorti de terre et ne sera inauguré qu’en 1971, mais dans des baraques préfabriquées quelque part à proximité, entre le canal de l’Ourcq et la voie ferrée. Ce provisoire n’empêche pas une certaine solennité. Le préfet Henri Bouret, lui-même ancien député et conseiller général, déjà délégué à sa fonction dès 1964, est évidemment présent, mais aussi nombre de personnalités politiques de premier plan, telles que Jacques Duclos, président du groupe communiste au Sénat et domicilié dans le département, ou Waldeck Rochet, député de la 3e circonscription et secrétaire général du Parti communiste français.

Le choix de Bobigny ne s’est pas imposé d’emblée. Saint-Denis a d’abord été pressentie, mais il y manquait des espaces constructibles pour toutes les administrations à loger. Bondy, ensuite, plus centrale, mais son maire, le socialiste Maurice Coutrot, s’étant prononcé résolument contre les nouveaux départements – président du conseil du moribond département de la Seine, il savait qu’il n’aurait aucune chance de retrouver cette fonction en Seine-Saint-Denis –, le choix s’est porté sur sa voisine Bobigny. Georges Valbon, son maire communiste élu en 1965, a ainsi été associé de près à la réalisation du projet, aux côtés de Delouvrier et Bouret. Élu conseiller de son canton, c’est sans surprise aucune qu’il est porté à la présidence du conseil, par une écrasante majorité de 29 voix contre 5, rassemblant les communistes et les socialistes. Il sera pour plus de vingt ans, jusqu’en 1993, l’homme fort de son département.

La surprise était venue quelques semaines plus tôt du département voisin, le Val-de-Marne, où la gauche l’avait emporté d’une courte majorité, ce qui permit à un autre communiste, Gaston Viens, d’être élu président. Mais quant à la Seine-Saint-Denis, c’est beaucoup plus durablement et sans interruption, jusqu’en 2008, qu’elle est restée sous tutelle communiste.

Un département rouge

Son écrasante majorité communiste, le département la doit au poids économique des industries qui s’y sont implantées, et par voie de conséquence à la prééminence sociologique du monde ouvrier, très majoritairement acquis au PCF. C’est aussi, à cause de l’étalement et de la densification de la banlieue de Paris, un secteur dont la croissance démographique est exponentielle : 730 000 habitants en 1947, 1 250 000 en 1968 (plus 71 %), et 1 600 000 aujourd’hui, après un ralentissement certain de l’augmentation, dû à la saturation de la proche banlieue et aux effets de la désindustrialisation.

Ajoutons, bien que ce ne soit pas le sujet du jour, que le département est marqué comme aujourd’hui des stigmates de la pauvreté, avec notamment d’énormes bidonvilles, comme celui du Franc Moisin à Saint-Denis, qui abrite jusqu’à 5000 personnes d’origine immigrée, et ne sera résorbé qu’en 1970. Si l’habitat insalubre a incontestablement reculé – sans avoir disparu, mais il est plus diffus et provisoire – la population d’origine étrangère n’a fait que croître depuis : estimée à 19 %, elle serait aujourd’hui de 57 %, en comptabilisant ceux dont un parent au moins est immigré.

Dans ce département ouvrier, le Parti communiste français est massivement implanté en 1967. Chaque commune ou presque compte une section du parti, souvent plusieurs ; au total, la fédération dirigée par Lucien Mathey puis Jean Garcia à partir de 1969 rassemblerait 25 000 militants. À chaque scrutin d’importance nationale, les pourcentages de votes communistes atteignent presque au double des résultats nationaux : aux présidentielles de 1969, Jacques Duclos obtient 39 % des voix, contre 21 % pour la France entière ; la Seine-Saint-Denis est le seul département français où il arrive en tête. De même, aux élections générales de 1967, beaucoup de candidats communistes sont élus haut la main dès le premier tour, avec des scores de 60, voire 70 %, surtout dans l’ancien département de la Seine, et plus encore dans sa partie nord. À l’issue de ce scrutin, donc, 25 conseillers généraux sur 34 sont communistes, face à 4 socialistes et 5 élus de droite ou du centre.

De même, les élections législatives de 1967 désignent huit députés communistes sur neuf, et pas des moindres : Étienne Fajon, Waldeck Rochet, Fernand Grenier, Robert Ballanger, sont des personnalités en vue, membres du comité central, le premier directeur du quotidien du parti, le second secrétaire général. Aux législatives de 1968, malgré de ras-de-marée gaulliste au national, le PCF ne déplore qu’une seule perte, et en 1978, en pleine phase d’Union de la gauche, il gagne le « grand chelem ». Même les sénateurs, pourtant beaucoup plus marqués à droite que les députés, sont majoritairement communistes, trois sur cinq en 1968. Parmi eux, le vieux briscard Jacques Duclos, qui sera le candidat de son parti aux élections présidentielles de 1969, et Marie-Thérèse Goutmann, étoile montante du parti, âgée de 35 ans et benjamine de la haute assemblée.

Quant aux municipalités, si les maires communistes y sont également majoritaires, vingt-et-un sur quarante, contre six socialistes et treize de droite ou du centre, le poids des communes qu’ils administrent est beaucoup plus conséquent : 68 % de la population totale, et huit des dix communes les plus peuplées, dont les cinq premières. En revanche aucun de ces 21 maires n’a de dimension nationale comparable à celles des parlementaires : aucun n’est membre du comité central, depuis que Daniel Renoult, l’ancien maire de Montreuil, est mort en 1958, qu’Auguste Gillot, encore maire de Saint-Denis pour trois ans, a quitté l’instance en raison de son âge, et que Robert Ballanger, ex-maire d’Aulnay, a laissé sa place à cause de ses nouvelles responsabilités parlementaires. Georges Valbon lui-même n’est intronisé au CC qu’au congrès suivant en 1970.

Notons en revanche la particularité féminine de deux de ces maires communistes : Pierrette Petitot, à Villetaneuse, est la première femme à occuper cette fonction en France à la Libération, et Jacqueline Chonavel à Bagnolet la première à administrer une commune de plus de 30 000 habitants. L’une et l’autre siègent en ce premier conseil général. Autre exemple d’un indéniable désir de féminiser les cadres du parti, avant la nomination de Lucien Mathey c’était aussi une femme, Fernande Valignat, qui avait occupé, et pendant douze ans, le poste de premier secrétaire fédéral.

Considérons de plus près cet échantillon de conseillers généraux de 1967. Première remarque, l’assemblée est plutôt jeune, sa moyenne est de 44 ans, l’âge que le président Valbon fêtera précisément en août 1968. Assurément, cette jeunesse est à mettre à l’actif des élus communistes, la moyenne des quatre socialistes s’établissant à 57 ans, et à 56 pour les élus de l’opposition. Des rangs communistes sont également issues les cinq femmes de l’effectif, y compris la doyenne du groupe communiste, Adrienne Maire, conseillère municipale de Montreuil, 58 ans, et la benjamine des conseillers, Josiane Andros, 27 ans, bientôt maire de l’Île-Saint-Denis. Le benjamin des messieurs est aussi un communiste, Pierre Barbe, 35 ans, élu du Pré-Saint-Gervais.

Tous les élus communistes sont d’origine ouvrière. La plupart le sont restés, à l’exception de deux, devenus instituteurs, Gilbert Lacroix et Louis Solbès, et de ceux, presque tous, qui sont devenus militants permanents. Tous, pour avoir été présentés par leur parti, exercent une responsabilité dans l’appareil fédéral ou au niveau local, secrétaire de section ou conseiller municipal. Parmi ces derniers, ils sont neuf à occuper la fonction de maire, et dix celle d’adjoint au maire de leur commune. Enfin, sur les 25, ils sont onze à avoir déjà exercé un mandat de conseiller général dans leur ancien département, et deux sont suppléant d’un député à l’Assemblée nationale. Trois hommes se distinguent de cette cohorte expérimentée de maires-conseillers : Georges Valbon, bien sûr, mais aussi Fernand Lefort, 56 ans, dont vingt-deux à la tête de sa mairie de Saint-Ouen, qui cumulera l’année suivante un mandat de sénateur, André Karman enfin, 43 ans, maire d’Aubervilliers depuis dix ans.

Cependant, en face, aucun des adversaires ou alliés n’est un néophyte : sur les neuf, huit dirigent une mairie, et le neuvième, le socialiste Martial Daire, 48 ans, encore adjoint aux Pavillons-sous-Bois, occupera bientôt le poste suprême. Deux d’entre eux sont parlementaires : le sénateur socialiste maire de Bondy Maurice Coutrot, 58 ans, et le député RPR Raymond Valenet, 55 ans, maire de Gagny. Robert Calméjane, 48 ans, maire de Villemomble, député RPR battu en 1967 reconquiert sa circonscription en 1968 à la faveur de la dissolution. La même année, Charles Cathala, 54 ans, maire divers droite de Neuilly-Plaisance, rejoint aussi les bancs du Sénat.

Un démarrage satisfaisant

Après ces élections liminaires et avec cette majorité hégémonique attendue, les débuts du conseil général, de l’avis des témoins, furent plutôt heureux. Les communistes ont évidemment à cœur de prouver ou confirmer leurs capacités gestionnaires. Et d’ailleurs, les chantiers sont colossaux, surtout dans la nouvelle ville-préfecture, mais aussi sur presque toute l’étendue départementale, où mis à part dans trois ou quatre petites communes marginales, les constructions d’infrastructures de transport et d’équipement, de cités de grands ensembles ou de lotissements pavillonnaires, voire les reconstructions totales de centre-villes sont en plein boum. Tous ces chantiers ne sont évidemment pas du ressort du département, et les lois de décentralisation n’ont pas encore donné de pouvoir décisionnaire au conseil général. C’est jusqu’en 1982 le préfet qui dirige l’exécutif. Mais les premiers nommés de ces hauts fonctionnaires ont eu à cœur d’assurer des relations fluides avec leurs élus communistes.

C’est le cas surtout d’Henri Bouret, qui savait parfaitement lors de sa nomination en 1964 avec qui il aurait à composer et s’en est acquitté à merveille. Il est vrai qu’il avait été choisi ad hoc pour être « communo-compatible ». Âgé de 51 ans en 1967, ancien aviateur et donc adepte de progrès technologiques et industriels, ancien résistant et combattant de la France libre, catholique de gauche, il avait entrepris à la Libération une carrière politique dans les rangs du MRP. Ses qualités de résistant, notamment, lui valaient d’emblée l’estime des communistes. Georges Valbon s’était lui-même distingué lors des combats de la Libération à Bagnolet et Montreuil, et au moins sept autres élus communistes du premier conseil pouvaient aussi se prévaloir de ce titre. Élu député, puis conseiller général de son département d’origine des Côtes du Nord, Bouret s’était opposé à la guerre d’Indochine et au réarmement de l’Allemagne, comme les communistes, et exclu avec d’autres de son parti, il perdit ses mandats malgré le soutien du parti de la Jeune République. Il entreprend alors sa carrière préfectorale, bientôt dans le sillage de De Gaulle. Avant de lui confier la responsabilité du département communiste, le chef de l’État lui aurait dit en substance : « Je compte sur vous ! » Et en effet, avec les élus communistes, les relations sont restées au beau fixe, amicales même, d’autant que le préfet connaît aussi l’URSS. On se convie réciproquement à dîner, et quand Bouret quitte ses fonctions en 1969, il invite chez lui en vacances le trio des « trois mousquetaires » qui tiennent les rênes du conseil, Valbon, Karman et Jean-Pierre Périllaud, le jeune élu de Montreuil-Ouest. Après avoir passé la main en 1969, Bouret, malade, est soigné à l’hôpital Franco-musulman, futur Avicenne, de Bobigny ; et les mêmes se rendent à ses obsèques dans son département d’adoption en Bretagne quand il décède en février 1971.

Son successeur, Pierre Bolotte, né en 1921, a davantage un profil de haut fonctionnaire. D’origine bourgeoise, ancien préfet de la Guadeloupe, c’est un gestionnaire avant tout, un « spadassin » dit de lui Jean-Pierre Périllaud. Ses relations sont certes plus distantes avec les élus communistes, mais parfaitement correctes, car sa probité et son sérieux permettent d’établir des liens d’estime réciproque. D’ailleurs il est lui aussi reçu à l’occasion à la table du président Valbon. Il a notamment à superviser le chantier de la préfecture, qu’il inaugure en 1971. Ses successeurs occupent leur fonction moins durablement, mais les institutions départementales sont désormais bien rodées.

Le conseil départemental et sa majorité communiste sont si bien à leur affaire qu’à l’échéance électorale suivante, en 1970, les effectifs de chaque groupe restant stables, aucun candidat ne se présente contre Valbon pour la présidence. Deux sièges sont perdus en 1973 par le PCF au bénéfice du socialiste Gilbert Bonnemaison à Épinay-sur-Seine et du maire divers droite des Lilas. En 1976, le nombre de cantons passe de 34 à 40, le PCF reste toujours hégémonique avec 27 conseillers, face à 7 socialistes et 6 élus de droite ou du centre : Valbon est réélu sans problème par 34 voix sur 40. En 1979, le PCF gagne encore un siège au détriment de la droite.

Les réunions plénières du conseil ne se tiennent qu’épisodiquement, en sessions ordinaires ou extraordinaires, huit à dix fois par an en moyenne. Entre les séances, les affaires courantes sont gérées par une commission départementale permanente d’une dizaine d’élus, avec des représentants de chacun des groupes politiques – Maurice Coutrot et Raymond Valenet, dans les premières années, pour les socialistes et l’opposition de droite. Ainsi, le président de cette commission fait-il figure de numéro 2 du conseil. En 1967, c’est le très expérimenté Fernand Lefort qui assure cette fonction. Mais en 1968, il est élu au Sénat et passe la main à son cadet, le jeune Jean-Pierre Périllaud, élu du canton de Montreuil-Ouest. Âgé de 39 ans, ancien ajusteur, originaire de la Vienne, celui-ci avait déjà été distingué par son parti comme secrétaire d’une des importantes sections de sa ville et membre du secrétariat fédéral aux côtés de Lucien Mathey. Mais en tant qu’élu, c’était un néophyte. Il reconnaît avoir été beaucoup aidé et soutenu dans ses débuts par ses aînés, Fernand Lefort qui lui cédait sa place, André Karman qui présidait la commission des finances, ou Fernand Bélino, le vice-président du conseil, élu d’Épinay-sur-Seine, ancien des brigades internationales en Espagne, ancien résistant et déporté (comme Karman), une des autres personnalités en vue de l’assemblée départementale.

De fait, ils sont toute une génération de jeunes militants, poussés aux responsabilités par les cadres de leur parti, missionnés au gré des circonscriptions à pourvoir ou conquérir, à se former à ces nouvelles responsabilités électives et gestionnaires : Pierre Barbe, d’abord élu du Pré-Saint-Gervais, vice-président de la commission permanente pendant quelques années, déplacé ensuite à Noisy-le-Sec où il ne sera pas réélu ; Jacques Gonzalez ou Gilbert Lacroix, élus de la première heure à 36 et 37 ans, respectivement au Bourget et à Noisy-le-Sec, le premier siégeant pour plus de trente ans, jusqu’en 2001 – avec Josiane Andros et Michel Berthelot, il détiendra le record de durée –, le second, démissionnaire du PCF, remplacé dès 1973 par le trentenaire Jean-Louis Mons ; André Boursier, élu en 1976 sur le nouveau canton de Pierrefitte et successeur de Pierrette Petitot à la mairie de Villetaneuse, qui assumera à partir de 1981 la suite de Périllaud à la tête de la commission permanente ; André Macé, en terre de mission à Neuilly-Plaisance, dont il conquiert, pour quelques années seulement, à la fois le canton et la mairie ; ou Paulette Fost, jeune militante d’avenir pour le PCF, qui succède à Lefort au conseil général dès 1973, puis à la mairie de Saint-Ouen, avant d’être successivement élue à l’Assemblée nationale puis au Sénat.

Par ailleurs, Jean-Pierre Périllaud, puis André Boursier après lui, présidaient en outre le pléthorique groupe communiste du conseil, où se préparait en amont le travail de la commission permanente. Le premier au moins gardait de très étroits contacts avec les cadres de l’appareil fédéral dont il était issu. À midi, à la cantine de la fédération à Aubervilliers, il continuait à partager presque quotidiennement la table des secrétaires fédéraux successifs, Mathey puis Garcia. En revanche, avec Robert Ballanger, l’ancienne tête dirigeante du parti en Seine-et-Oise, les liens ne sont pas restés aussi étroits, car il se consacrait essentiellement à sa ville d’Aulnay, et surtout à la présidence du groupe communiste au Palais-Bourbon qu’il assurait depuis 1964.

Étant le seul territoire de France dirigé sur la durée et dans la continuité par le parti communiste, la Seine-Saint-Denis devient aussi un pôle de la sociabilité communiste, et pas seulement en interne, mais aussi pour les liens que le PCF s’avère désireux et capable de tisser avec le reste de la société française, dans un contexte d’Union de la gauche et de dégel de la guerre froide. La plus connue de ces manifestations, de portée nationale, est la fête du journal l’Humanité, encore organe officiel du parti. Après quelques errements, son site définitif, à chaque rentrée lors du deuxième week-end de septembre, se fixe à partir de 1971 au parc de la Courneuve, ce vaste espace vert départemental qui sera baptisé en 2010 du nom du défunt président Georges Valbon.

Un autre haut lieu de sociabilité à initiative communiste, aussi mondain que le précédent est populaire, mais résolument ouvert sur les autres élites locales ou nationales, est la réception annuelle du département à l’occasion du Jour de l’An. D’abord tenue dans les salons de l’aéroport du Bourget, elle se recentre à Bobigny dès que l’édifice de l’Hôtel départemental est disponible. Là sont conviés et bavardent autour d’un copieux buffet des centaines d’invités, non seulement les conseillers généraux, leurs proches et les principaux cadres administratifs départementaux, mais les responsables syndicaux, politiques, économiques, culturels, universitaires, religieux, les architectes et les artistes actifs dans le département ; la plupart des membres du bureau politique du PCF, secrétaire général en tête, s’y distinguent aussi, mêlés à d’autres personnalités du monde politique et culturel, et jusqu’à l’ambassadeur de l’URSS qui ne manque jamais d’être convié.

Au titre des réalisations de ces années de lancement, l’Hôtel du département imaginé par Michel Folliasson est certes à placer en tête, inauguré en 1971 en la présence du président de la République Georges Pompidou en personne ; suivi en 1978 de la Bourse du Travail dont la conception était confiée à l’éminent architecte brésilien (et communiste) Oscar Niemeyer, qui avait livré quelques années avant le siège du parti communiste dans le 19e arrondissement parisien. Mais les réalisations à vocation culturelle suivent de près, avec en particulier la maison de la culture MC93, également implantée à Bobigny, inaugurée en 1980 ; et, progressivement, l’aménagement de tous les quartiers nouveaux avec leurs équipements administratifs (le tribunal de grande instance, par exemple, en 1987) et leurs voies de communication, autoroutes urbaines, lignes de métro et de tramway, etc. L’ouverture des deux universités séquano-donisyennes, celle de Villetaneuse (Paris 13) et celle de Saint-Denis (Paris 8) date aussi de ces années. Si leur conception, leur construction et leur gestion ne relèvent pas du conseil général, en revanche celui-ci se prononce à maintes reprises sur leur sort, et leurs premiers présidents relèvent aussi du sérail communiste.

Quelques anecdotes symptomatiques de ces débuts du fonctionnement d’un département communiste dans le cadre de l’État gaulliste méritent d’être narrées. En janvier 1968, à peine le nouveau département intronisé, survient un fait divers qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques : l’incendie du dépôt d’hydrocarbures situé à Saint-Denis en bordure du canal. Alors que le préfet est aussitôt averti, le conseil général est tenu l’écart. Ses principaux dirigeants, Valbon, Karman, Périllaud, avertis par les journaux et la rumeur, s’en offusquent. Le préfet Bouret non seulement accepte de les recevoir pour une information officielle, mais leur arrange un rendez-vous avec les responsables du site, le pétrolier Total et le groupement patronal local. Ils ont ainsi la satisfaction de voir leur éminence reconnue en bonne et due forme.

Quelques mois plus tard, les événements de Mai 68 et leur exceptionnelle floraison de grèves ouvrières marquent sévèrement ce département essentiellement industriel. Les principales échauffourées se déroulent certes à Paris, mais le préfet Bouret se montre bien embarrassé à la fin du mois quand il s’agit de transférer les fonds du siège régional de la Banque de France établi à Pantin, aux portes de Paris, vers Bobigny où les employés de la préfecture doivent recevoir leur enveloppe mensuelle. Faire traverser par un fourgon blindé une partie du département bloqué par les grévistes lui semble hautement risqué. Il s’ouvre de son problèmes à ses amis conseillers communistes : pas de problème, les fonds seront acheminés dans une discrète camionnette du conseil général encadrée d’une escorte syndicale !

Renouvellement et déclin des effectifs communistes du conseil général

Inéluctablement, les membres du premiers conseil général, celui de 1967, renoncent ou sont remplacés, ou écartés par défaite électorale au cours des épisodes de renouvellement suivants. Rappelons que jusqu’à la réforme radicale du mode de scrutin en 2015, les conseillers sont élus pour six ans, mais que la moitié des cantons de chaque département sont remis au suffrage des électeurs, par roulement, tous les trois ans.

Le premier à passer la main, bien involontairement car pour cause de décès, fut le « vieux père » Marcel Colson, doyen de l’assemblée et seul natif du XIXe siècle, mort en 1968 à l’âge de 70 ans. Élu de droite au Raincy, il fut néanmoins honoré comme il se devait par ses pairs de tous bords. Au premier scrutin suivant, celui de 1970, seule la quinquagénaire Jacqueline Chonavel passa le flambeau, volontairement, à Daniel Mongeau, du PCF comme elle et futur vice-président du conseil. En 1973, ses camarades Pierrette Petitot et Fernand Lefort firent de même en faveur de Michèle Mitolo et Paulette Fost, confirmant ce faisant la volonté de féminisation et rajeunissement des cadres communistes – le canton de Saint-Denis-Nord-Ouest, celui de Mmes Petitot puis Mitolo, resta détenu par une femme jusqu’à la réforme de 2015. A la même date, Gilbert Lacroix, en rupture de parti, est remplacé par Jean-Louis Mons à Noisy-le-Sec, alors que Pierre Barbe, appelé à d’autres fonctions par son parti, se voit remplacé au canton des Lilas (nouvelle dénomination du canton du Pré-Saint-Gervais) par le maire de droite de cette ville, et qu’une mésaventure analogue advient au vétéran Bélino à Épinay, où le candidat communiste qui devait le remplacer est battu par le socialiste Bonnemaison.

Rien de trop grave encore. En 1976, le communiste André Boursier profite de la création du nouveau canton de Pierrefitte pour entreprendre une carrière d’élu qui ne tiendra pas toutes ses promesses initiales, tandis que c’est au tour d’Adrienne Maire de céder son mandat à un camarade plus jeune, un homme, et que Louis Bordes fait de même à Stains au bénéfice d’une jeune femme, Colette Coulon. À Bondy aussi, cette année-là, « le père » Coutrot, opposant intransigeant mais respecté à l’hégémonie communiste, cède les deux places de son canton nouvellement dédoublé à deux cadets de son parti, un de ses maire-adjoint et son prochain successeur à la mairie et au sénat, Claude Fuzier. Ce dernier, plus tout jeune quinquagénaire, s’était naguère distingué comme secrétaire de la fédération SFIO de la Seine, puis secrétaire de la FGDS, prélude au nouveau parti socialiste mitterrandien dans lequel il ne pouvait espérer de place en vue. Il lui fallait toutefois des postes honorables pour la fin de sa carrière politique.

Au début des années 1980, alors que la victoire de la gauche aux élections présidentielle et législative accentue le déclin du PCF au profit du PS, trois autres cadres communistes passent la main à Bobigny : le Dionysien Robert Dumay, en 1982, l’Albertivallarien André Karman, décédé en 1984, remplacé au canton par son fils Jean-Jacques bientôt engagé dans une âpre lutte interne et locale, comme le PCF en vit alors à tous les échelons, contre son camarade, concitoyen, maire et ministre Jack Ralite. Enfin, l’efficace et affable second de Valbon, Jean-Pierre Périllaud, passe le flambeau de la commission permanente à Boursier en 1982, et son siège de conseiller général à l’échéance suivante, en 1985. Son parti investit ses compétences confirmées dans un nouveau cadre, au siège central de la place du Colonel Fabien à Paris.

Le président Valbon lui-même doit s’effacer de l’horizon départemental, car en 1982 le gouvernement de gauche de Pierre Mauroy le nomme à la tête des Charbonnages de France. Ce ne sera qu’une éclipse : dès 1985 il renonce à la responsabilité par désaccord avec la fermeture programmée des mines de charbon encore actives, comprenant qu’on cherche à travers lui à faire avaliser cette fin aux travailleurs et aux régions condamnés, surtout dans le nord du pays. Le jeune conseiller de Noisy-le-Sec Jean-Louis Mons assure ainsi un intérim de trois ans au poste de président. Georges Valbon retrouve ensuite sans tergiversations sa présidence, pour encore huit ans, soit 23 au total.

À ses côtés, en dépit du déclin qui se confirme, une partie notable de la vieille garde communiste tient bon pendant des lustres encore, garante d’une pérennité espérée : Valbon lui-même jusqu’en 1993, Madeleine Cathalifaud et Georges Prudhomme jusqu’en 1998 (comme Boursier, de la génération suivante), Michel Berthelot, Jacques Gonzalez et Josiane Andros jusqu’en 2001, comme Jean-Louis Mons. Aucun de ces anciens ne vivra in situ le renversement de majorité des échéances suivantes.

Autre motif d’assombrissement pour le conseil général au tournant des années 1980, l’ambiance n’est plus à l’euphorie bâtisseuse des deux décennies précédentes. La désindustrialisation et la montée du chômage, qui frappent la France entière, endeuillent le département plus que d’autres. Georges Valbon, confronté par sa mission aux Charbonnages au problème des fermetures des mines, trouve en reprenant les rênes de la Seine-Saint-Denis, avec cette fois une pleine autorité exécutive dont avait déjà bénéficié son prédécesseur Jean-Louis Mons, son département confronté aux mêmes difficultés. Les grèves, manifestations et mouvements sociaux n’y changent rien, les grandes usines ferment les unes après les autres. Les vastes zones industrielles, telles que la Plaine Saint-Denis ou les abords du canal de l’Ourcq se transforment en friches pathétiques d’où émergent les vieilles bâtisses en brique à l’abandon.

En même temps que s’affaissent les effectifs ouvriers, les populations nouvelles immigrées de pays de plus en plus lointains affluent ici plus qu’ailleurs. Les bidonvilles ont été résorbés, mais ces familles, souvent en situation précaire, investissent progressivement les appartements des grands ensembles bâtis au cours des trois décennies précédentes, que quittent les familles françaises ou celles, souvent naturalisées, issues des vagues d’immigration précédentes, italienne, espagnole, portugaise, tentées par l’accession à la propriété de modestes pavillons dans des banlieues de plus en plus lointaines. Or les nouveaux venus, Maghrébins, Africains subsahariens, Asiatiques, ne sont pas électeurs, pas d’emblée. Ces deux mutations socio-économiques rendent d’autant plus sensible dans le département la tendance nationale à l’affaissement, bientôt l’effondrement, de l’électorat communiste ; bien que plus solide et plus enraciné là qu’ailleurs, il y soit plus tardive.

L’érosion se produit en deux temps. Une baisse tendancielle s’amorce en 1982, après l’apogée communiste de 1979 avec 28 élus sur 40. Cette dernière année est aussi celle où est élu un conseiller socialiste à l’âge tendre, 28 ans, mais aux dents longues, Claude Bartolone. Les 28 élus communistes sont encore 26 à l’échéance de 1982, puis le décrochage se produit, avec 22 élus, en 1985, pour se stabiliser à ce niveau, 21 ou 22, toujours la majorité absolue donc, jusqu’en 2001. Cette période de rémission permet à Georges Valbon, de se retirer la tête haute, à l’âge de 70 ans, en faveur de son camarade de parti Robert Clément, 55 ans, maire de Romainville.

Le recul communiste profite d’abord à la droite, qui passe de 5 élus en 1979 à 13 en 1994, puis au PS, qui reste stable à 6 ou 7 élus jusqu’à cette dernière date, pour progresser ensuite inexorablement. En 2004 le PS rattrape son rival de gauche, 15 sièges chacun. C’est la deuxième étape du déclin, désormais le PC n’est plus majoritaire. La présidence reste encore communiste, assurée par Hervé Bramy, pour trois ans, mais en 2008 les socialistes décrochent une majorité de 17 conseillers, contre 13 au PCF. C’en est fini du « département rouge » : Claude Bartolone, à 57 ans, peut s’asseoir dans le fauteuil présidentiel, en attendant un perchoir plus élevé.

Actuellement, et depuis les élections départementales nouvelle formule de 2015 – par binômes mixtes, un homme une femme, élus dans 21 cantons élargis –, sur 42 conseillers, 10 sont communistes ou Front de gauche, 12 socialistes ou apparentés, 2 écologistes, et 16, divisés en trois groupes, relèvent de l’opposition de droite ou du centre, effectif complété par 2 non-inscrits. L’actuel président Stéphane Troussel a succédé à son aîné en 2012, quand celui-ci a accédé à de plus hautes responsabilités nationales.

En 2018, seules 6 communes restent gérées par un maire communiste ; mais toujours (ou à nouveau pour le cas de Montreuil, après l’intermède vert de Dominique Voynet) les deux plus peuplées, Saint-Denis et Montreuil, les quatre autres étant limitrophes de la première, au nord-ouest du département.

Conclusion : une démonstration sans lendemain

Pendant près de 40 ans, de 1967 à 2008, la Seine-Saint-Denis a symbolisé ce que que le Parti communiste français pouvait présenter au mieux de ses capacités gestionnaires, à un niveau local supérieur à ce qu’il avait déjà prouvé depuis des décennies et continuait à démontrer dans de très nombreuses municipalités. Sans doute entendait-il ainsi préfigurer de ce que serait son aptitude à gouverner à un niveau plus élevé encore, national, d’autant que le département démarre dans une période où s’ébauche l’Union de la gauche, au sein de laquelle le Parti communiste domine largement, encore au début des années 1970, ses partenaires socialistes. Au plan national, l’inversion du rapport de forces n’est manifeste qu’à partir des élections cantonales de 1976. Jusque là, le PCF est en droit de prétendre peser bientôt sur le gouvernement de la France, voire le diriger ; ensuite, il s’accroche autant qu’il peut à ses quelques fiefs qui lui permettent encore de durer.

En Seine-Saint-Denis, il est certes hégémonique, au moins jusqu’au début des années 2000, mais sur des bases démocratiques, et ce faisant il pouvait en toute confiance se montrer ouvert et bienveillant à l’égard de toutes les autres formes de pouvoir, y compris celles qui échappaient largement à son contrôle ou son influence, économiques ou religieuses par exemple. Servi par des personnalités aussi avenantes que Georges Valbon ou Jean-Pierre Périllaud, il entendait également préfigurer des relations qu’il entretiendrait éventuellement à d’autres niveaux avec toutes les forces vives de la société dans son ensemble.

Le déclin de cette hégémonie, puis l’effondrement de toute prééminence, s’accompagnant de fortes dissensions en interne – plusieurs élus séquano-donysiens se sont distingués dans les courants réformateurs ou contestataires qui continuent à agiter un parti désormais complètement étranger à son monolithisme d’origine, ou l’ont quitté pour d’autres formations – n’ont pas permis au PCF de prolonger cette démonstration au-delà de quelques décennies. Encore arc-bouté sur une poignée de municipalités, désormais privé de personnalités de premier plan, il n’est plus qu’en mesure de rappeler, en évoquant ces expériences du passé, que la société française a laissé échapper sans les renouveler plusieurs générations de dirigeants politiques particulièrement dévoués et qualifiés.

Sources :

– Recueil des sessions ordinaires et extraordinaires du Conseil général, à l’Hôtel du Département.

Informations 93, bulletin d’informations du Conseil général, aux Archives départementales de la Seine-Saint-Denis.

– « 93 Actualités », pages communes à plusieurs hebdomadaires locaux du Parti communiste français, Aux archives départementales de la Seine-Saint-Denis.

– Notices biographiques du Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, mouvement social ou du site de l’AHMO-93.

– Jacques Girault, dir., Seine-Saint-Denis. Chantiers et mémoires, Autrement, 1998, en particulier les contributions de Jacques Girault et Henri Rey.

– Emmanuel Bellanger, Naissance d’un département et d’une préfecture dans le « 9-3 », La Documentation française, 2005.

– Entretiens, échanges téléphoniques ou occasionnels avec Jean-Pierre Périllaud, André Boursier, Pierre Barbe, Josiane Andros, Jean-Jacques Karman (fils d’André Karman), Antoine Valbon (fils de Georges Valbon), 2011-2018.

Annexe : Tableau de l’appartenance politique des cantons de Seine-Saint-Denis de 1976 à 2015

cantons 1976 1979 1982 1985 1988 1992 1994 1998 2001 2004 2008 2011 2015
Aubervilliers-E PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PS PS PS  
Aubervilliers-O PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF  
Aulnay-N PCF PCF PCF Dr Dr Dr Dr PS PS PS PS PS  
Aulnay-S PCF PCF Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr  
Bagnolet PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF  
Blanc-Mesnil PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF  
Bobigny PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF  
Bondy-NO PS PS PS PS PS PS PS PS PS PS PS PS  
Bondy-SE PS PS PS PS PS PS PS PS PS PS PS PS  
Le Bourget PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF Ce Ce Ce Ce  
La Courneuve PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PS PS PS  
Drancy PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF Dr Dr Dr  
Épinay PS PS PS PS PS PS PS PS PS PS PS Ce  
Gagny Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr  
Les Lilas Dr PS PS PS PS Ce Ce PS PS PS PS PS  
Livry-Gargan PS PS PS PS PS PS PS PS PS PS PS PS  
Montfermeil PCF Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr  
Montreuil-E PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF  
Montreuil-N PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PS PS  
Montreuil-O PCF PCF PCF Dr Dr Dr Dr PCF PCF PS PS PCF  
Neuilly-Plais. PCF PCF Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr  
Neuilly/Marne PS PS PS PS PS PS PS PS PS PS PS PS  
Noisy-le-Grand Dr PCF PCF Dr Dr Dr Dr PS PS PS PS PS  
Noisy-le-Sec PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF  
Pantin-E PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PS PS PS  
Pantin-O PCF PCF PCF PCF Dr Dr Dr PS PS PS PS PS  
Pavillons-ss-B. PS Dr Dr Dr Dr PS PS Dr Dr Dr Dr Dr  
Pierrefitte PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PS PS PS  
Le Raincy Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr PS PS Dr Dr PS  
Romainville PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PS PS PS  
Rosny PCF PCF PCF Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr  
St-Denis-NE PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF  
St-Denis-NO PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF  
St-Denis-S PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PS PS  
St-Ouen PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF  
Sevran PS PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF V  
Stains PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF  
Tremblay PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF PCF  
Villemomble Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr Dr  
Villepinte Dr Dr Dr PS PS Dr Dr Dr Dr PCF PCF PCF  
                           
Total 27 PC 28 PC 26 PC 22 PC 21 PC 21 PC 21 PC 22 PC 21 PC 15 PC 13 PC 13 PC  
  7 PS 7 PS 6 PS 6 PS 7 PS 6 PS 6 PS 10 PS 10 PS 15 PS 17 PS 16 PS  
                        1 V  
  6 Dr 5 Dr 8 Dr 12 Dr 12 Dr 13 Dr 13 Dr 8 Dr 9 Dr 10 Dr 10 Dr 10 Dr